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法语阅读:Amant 情人-杜拉斯(1)

2007-03-05 13:59   来源:枫丹白露       我要纠错 | 打印 | 收藏 | | |

  Notre mère ne prévoyait pas ce que nous sommes de-venus à partir du spectacle de son désespoir, je parle surtout des gar?ons, des fils. Mais, l'e?t-elle prévu, comment aurait-elle pu taire ce qui était devenu son histoire même? faire mentir son visage, son regard, sa voix? son amour? Elle aurait pu mourir. Se supprimer. Disperser la com-munauté invivable. Faire que l'a?né soit tout à fait séparé des deux plus jeunes. Elle ne l'a pas fait. Elle a été im-prudente, elle a été inconséquente, irresponsable. Elle était tout cela. Elle a vécu. Nous l'avons aimée tous les trois au-delà de l'amour. A cause de cela même qu'elle n'aurait pas pu, qu'elle ne pouvait pas se taire, cacher, mentir, si différents que nous ayons été tous les trois, nous l'avons .aimée de la même fa?on.

  ?a a été long. ?a a duré sept ans. ?a a commencé nous avions dix ans. Et puis nous avons eu douze ans. Et puis treize ans. Et puis quatorze ans,, quinze ans. Et puis seize ans, dix-sept ans.

  ?a a duré tout cet age, sept ans. Et puis enfin l'espoir a été renoncé. Il a été abandonne. Abandonnées aussi les tentatives contre l'océan. A l'ombre de la véranda nous re-gardons la montagne de Siam, très sombre dans le plein so-leil, presque noire. La mère est enfin calme, murée. Nous sommes des enfants héro?ques, désespérés.

  Le petit frère est mort en décembre 1942 sous l'occu-pation japonaise. J'avais quitté Saigon après mon deuxième baccalauréat en 1931. Il m'a écrit une seule fois en dix ans. Sans que je sache jamais pourquoi. La lettre était con-venue, recopiée, sans fautes, calligraphiée. Il me disait qu'ils allaient bien, que l'école marchait. C'était une longue lettre de deux pages pleines. J'ai reconnu son écriture d'en-fant. Il me disait aussi qu'il avait un appartement, une auto, il disait la marque. Qu'il avait repris le tennis. Qu'il était bien, que tout était bien. Qu'il m'embrassait comme il m'aimait, très fort. Il ne parlait pas de la guerre ni de notre frère a?né.

  Je parle souvent de. mes frères comme d'un ensemble,. comme elle le faisait elle, notre mère. Je dis: mes frères, elle aussi au-dehors de la famille elle disait: mes fils. Elle a toujours parlé de-la force de ses fils de fa?on insultante. Pour le dehors, elle ne détaillait pas, elle ne disait pas que le fils a?né était beaucoup plus fort que le second, elle disait qu'il était aussi fort que ses frères, les cultivateurs du Nord. Elle était fière de la force de ses fils comme elle était l'avait été de celle de ses frères. Comme son fils a?né elle dédai-gnait les faibles. De mon amant de Cholen elle disait comme le frère a?né. Je n'écris pas ces mots. C'étaient des mots qui avaient trait aux charognes que l'on trouve dans les dé-serts. Je dis: mes frères, parce que c'était ainsi que je disais moi aussi. C'est après que j'ai dit autrement, quand. le petit frère a grandi et qu'il est devenu martyr.

  Non seulement aucune fête n'est célébrée dans notre famille, pas d'arbre de No?l, aucun mouchoir brodé, aucune fleur jamais. Mais aucun mort non plus, aucune sépulture,. aucune mémoire. Elle seule. Le frère a?né restera un assas-sin. Le petit frère mourra de ce frère. Moi je suis partie,. je me suis arrachée. Jusqu'à sa mort le frère a?né l'a eue pour lui seul.

  A cette époque-là, de Cholen, de l'image, de l'amant,. ma mère a un sursaut de folie. Elle ne sait rien de ce qui est arrivé à Cholen. Mais je vois qu'elle m'observe, qu'elle se doute de quelque chose. Elle conna?t sa fille, cette enfant, il flotte autour de cette enfant, depuis quelque temps, un:

  air d'étrangeté, une réserve, dirait-on, récente, qui retient l'attention, sa parole est plus lente encore que d'habitude, et elle si curieuse de tout elle est distraite, son regard a changé, elle est devenue spectatrice de sa mère même, du malheur de sa mère, on dirait qu'elle assiste à son événement. L'épouvante soudaine dans la vie de ma mère. Sa fille court le plus grand danger, celui de ne jamais se marier, de ne jamais s'établir dans la société, d'être démunie devant celle-ci, perdue, solitaire. Dans des crises ma mère se jette sur moi, elle m'enferme dans la chambre, elle me bat à coups de poing, elle me gifle, elle me déshabille, elle s'approche de moi, elle sent mon corps, mon linge, elle dit qu'elle trouve le parfum de l'homme chinois, elle va plus avant, elle re-garde s'il y a des taches suspectes sur le linge et elle hurle, la ville à l'entendre, que sa fille est une prostituée, qu'elle va la jeter dehors, qu'elle désire la voir crever et que personne ne voudra plus d'elle, qu'elle est déshonorée, une chienne vaut davantage. Et elle pleure en demandant ce qu'elle peut faire avec ?a, sinon la sortir de la maison pour qu'elle n'em-puantisse plus les lieux.

  Derrière les murs de la chambre fermée, le frère. Le frère répond à la mère, il lui dit qu'elle a raison de battre l'enfant, sa voix est feutrée, intime, caressante, il lui dit qu'il leur faut savoir la vérité, à n'importe quel prix,. il leur faut la savoir pour empêcher, que cette petite fille ne se perde, pour empêcher que la mère en soit désespérée. La mère frappa de toutes ses forces. Le petit frère crie à la mère de la laisser tranquille. Il va dans le jardin, il se cache, il a peur que je sois tuée, il a peur, il a toujours peur ; de cet inconnu, notre frère a?né. La peur du petit frère-calme ma mère. Elle pleure sur le désastre de sa vie, de son enfant déshonorée. Je pleure avec elle. Je mens. Je jure sur ma vie que rien ne m'est arrivé, rien même pas un baiser. Comment veux-tu, je dis, avec un Chinois, comment veux-tu que je fasse ?a avec un Chinois, si laid, si malingre? Je sais que le frère a?né est rivé à la porte, il écoute, il sait ce que fait ma mère, il sait que la petite est nue, et frappée, il voudrait que ?a dure encore et encore jusqu'au danger. Ma mère n'ignore pas ce dessein de mon frère a?né, obscur, terrifiant.

  Nous sommes encore très petits. Régulièrement des batailles éclatent entre mes frères, sans prétexte apparent, sauf celui classique du frère a?né, qui dit au petit: sors de là, tu gênes. Aussit?t dit il frappe. Ils se battent sans un mot, on entend seulement leurs souffles, leurs plaintes, le bruit sourd des coups. Ma mère comme en toutes circonstances accompagne la scène d'un opéra de cris.

  Ils sont doués de la même faculté de colère, de ces co-lères noires, meurtrières, qu'on n'a jamais vues ailleurs que chez les frères, les s?urs, les mères. Le frère a?né souffre de ne pas faire librement le mal, de ne pas régenter le mal, pas seulement ici mais partout ailleurs. Le petit frère d'as-sister impuissant à cette horreur, cette disposition de son frère a?né.

  Quand ils se battaient on avait une peur égale de la mort pour l'un et pour l'autre; la mère. disait qu'ils s'étaient toujours battus, qu'ils n'avaient jamais joué ensemble, ja-mais parlé ensemble. Que la seule chose qu'ils avaient en commun c'était elle leur mère et surtout cette petite s?ur, rien d'autre que le sang.

  Je crois que du seul enfant a?né ma mère disait: mon enfant. Elle l'appelait quelquefois de cette fa?on. Des deux autres elle disait: les plus jeunes.

  De tout cela nous ne disions rien à l'extérieur, nous avions d'abord appris à nous taire sur le principal de notre vie, la misère. Et puis sur tout le reste aussi. Les premiers confidents, le mot para?t démesuré, ce sont nos amants, nos-rencontres en dehors des postes, dans les rues de Saigon d'abord et puis dans les paquebots de ligne, les trains, et puis partout.

  Ma mère, ?a la prend tout à coup, vers la fin de l'après-midi, surtout à la saison sèche, elle fait laver la maison de fond en comble, pour nettoyer elle dit, pour assainir, rafra?-chir. La maison est batie sur un terre-plein qui l'isole du jardin, des serpents, des scorpions, des fourmis rouges, des inondations du Mékong, de celles qui suivent les grandes tornades de la mousson. Cette élévation de la maison sur le sol permet de la laver à grands seaux d'eau, à la baigner tout entière comme un jardin. Toutes les chaises sont sur les tables, toute la maison ruisselle, le piano du petit salon a les pieds dans l'eau. L'eau descend par les perrons, envahit le préau vers les cuisines. Les petits boys sont très heureux,. on est ensemble avec les petits boys, on s'asperge, et puis on savonne le sol avec du savon de Marseille. Tout le monde est pieds nus, la mère aussi. La mère rit. La mère n'a rien à dire contre rien. La maison tout entière embaume, elle a l'odeur délicieuse de la terre mouillée après l'orage, c'est une odeur qui rend fou de joie surtout quand elle est mélangée à l'autre odeur, celle du savon de Marseille, celle de la pu-reté, de l'honnêteté, celle du linge, celle de la blancheur, celle de notre mère, de l'immensité de la candeur de notre mère. L'eau descend jusque dans les allées. Les familles des boys viennent, les visiteurs des boys aussi, les enfants blancs des maisons voisines. La mère est très heureuse de ce désordre, la mère peut être très heureuse quelquefois le temps d'oublier, celui de laver la maison peut convenir pour le bonheur de la mère. La mère va dans le salon, elle se met au piano, elle joue les seuls airs qu'elle connaisse par c?ur, qu'elle a appris à l'Ecole normale. Elle chante. Quel-quefois elle joue, elle rit. Elle se lève et elle danse tout en chantant. Et chacun pense et elle aussi la mère que l'on peut être heureux dans cette maison défigurée qui devient soudain un étang, un champ au bord d'une rivière, un gué, une plage.

  Ce sont les deux plus-jeunes enfants, la petite fille et le petit frère, qui les premiers se souviennent. Ils s'arrêtent de rire tout à coup et ils vont dans le jardin où le soir vient.

  Je me souviens, à l'instant même où j'écris, que notre frère a?né n'était pas à Vinhlong quand on lavait la maison à grande eau. Il était chez notre tuteur, un prêtre de village, dans le Lot-et-Garonne.

  A lui aussi il arrivait de rire parfois mais jamais autant qu'à nous. J'oublie tout, j'oublie de dire ?a, qu'on était des enfants rieurs, mon petit frère et moi, rieurs à perdre le souffle, la vie.

  Je vois la guerre sous les mêmes couleurs que mon en-fance. Je confonds le temps de la guerre avec le règne de mon frère a?né. C'est aussi sans doute parce que c'est pen-dant la guerre que mon petit frère est mort: le c?ur, comme j'ai dit déjà, qui avait cédé, laissé. Le frère a?né, je crois bien ne l'avoir jamais vu pendant la guerre. Déjà il ne m'importait plus de savoir s'il était vivant ou mort. Je vois la guerre comme lui était, partout se répandre, partout péné-trer, voler, emprisonner, partout être là, à tout mélangée, mêlée, présente dans le corps, dans la pensée, dans la veille, dans le sommeil, tout le temps, en proie à la passion saou-lante d'occuper le territoire adorable du corps de l'enfant, du corps des moins forts, des peuples vaincus, cela parce que le mal est là, aux portes, contre la peau.

  Nous retournons à la gar?onnière. Nous sommes des amants. Nous ne pouvons pas nous arrêter d'aimer.

  Parfois je ne rentre pas à la pension, je dors près de lui. Je ne veux pas dormir dans ses bras, dans sa chaleur, mais je dors dans la même chambre, dans le même lit. Quelque-fois je manque le lycée. Nous allons manger dans la ville la nuit. Il me douche, il me lave, il me rince, il adore, il me farde et il m'habille, il m'adore. Je suis la préférée de sa' vie. Il vit dans l'épouvante que je rencontre un autre homme. Moi je n'ai peur de rien de pareil jamais. Il éprouve une autre peur aussi, non parce que je suis blanche mais parce que je suis si jeune, si jeune qu'il pourrait aller en prison si on découvrait notre histoire. Il me dit de con-tinuer à mentir à ma mère et surtout à mon frère a?né, de ne rien dire à personne. Je continue à mentir. Je ris de sa peur. Je lui dis qu'on est beaucoup trop pauvre pour que la mère puisse encore intenter un procès, que d'ailleurs tous les pro-cès qu'elle a intentés elle les a perdus, ceux contre le ca-dastre, ceux contre les administrateurs, contre les gouver-neurs, contre la loi, elle ne sait pas les faire, garder son calme, attendre, attendre encore, elle ne peut pas, elle crie et elle gache ses chances. Celui-là ce serait pareil, pas la peine d'avoir peur.

  Marie-Claude Carpenter. Elle était américaine, elle était, je crois me souvenir, de Boston. Les yeux étaient très clairs, gris-bleus. 1943. Marie-Claude Carpenter était blonde. Elle était à peine fanée. Plut?t belle je crois. Avec un sourire un peu bref qui se fermait très vite, disparaissait dans un éclair. Avec une voix qui tout à coup me revient, basse, un peu discordante dans les aigus. Elle avait quarante-cinq ans. l'age déjà, l'age même. Elle habitait le seizième, près de l'Aima. L'appartement faisait le dernier et vaste étage d'un immeuble qui donnerait sur la Seine. On allait d?ner chez elle en hiver. Ou déjeuner, en été. Les repas étaient commandés chez les meilleurs traiteurs de Paris. Toujours-décents, presque, mais à peine, insuffisants. On ne l'a ja-mais vue que chez elle, jamais au-dehors. Il y avait là, quelquefois, un mallarméen. Il y avait souvent aussi un ou deux ou trois littérateurs, ils venaient une fois et on ne les revoyait plus. Je n'ai jamais su où elle les trouvait, où elle avait fait leur connaissance ni pourquoi elle les invitait. Je n'ai jamais entendu parler d'aucun d'entre eux ni jamais lu ni entendu parler de leurs ?uvres. Les repas duraient peu de temps. On parlait beaucoup de la guerre, c'était Stalingrad, c'était à la fin de l'hiver 42. Marie-Claude Carpenter écoutait beaucoup, elle s'informait beaucoup, elle par-lait peu, souvent elle s'étonnait que tant d'événements lui échappent, elle riait. Très vite à la fin des repas elle s'ex-cusait de devoir partir aussi rapidement mais elle avait à faire, disait-elle. Elle ne disait jamais quoi. Quand on était:en nombre suffisant on restait là une heure ou deux après son départ. Elle nous disait: restez autant que vous voudrez. En son absence personne ne parlait d'elle. Je crois d'ailleurs que personne n'en aurait été capable parce que per-sonne ne la connaissait. On partait, on rentrait avec tou-jours ce sentiment d'avoir traversé une sorte de cauchemar blanc, de revenir d'avoir passé quelques heures chez des inconnus, en présence d'invités qui étaient dans le même cas, et également inconnus, d'avoir vécu un moment sans lendemain aucun, sans aucune motivation ni humaine ni autre. C'en était comme d'avoir traversé une troisième frontière, d'avoir fait un voyage en train, d'avoir attendu dans les sal-les d'attente de médecins, dans des h?tels, des aéroports. En été on déjeunait sur une grande terrasse qui regardait la Seine et on prenait le café dans le jardin qui occupait tout le toit de l'immeuble. Il y avait une piscine. Personne ne se baignait. On regardait Paris. Les avenues vides, le fleuve, les rues. Dans les rues vides, les cattleyas en fleurs. Marie-Claude Carpenter. Je la regardais beaucoup, presque tout le temps, elle en était gênée mais je ne pouvais pas m'empê-cher. Je la regardais pour trouver, trouver qui c'était, Marie-Claude Carpenter. Pourquoi elle était là plut?t qu'ailleurs, pourquoi elle était aussi de si loin, de Boston, pourquoi elle était riche, pourquoi à ce point on ne savait rien d'elle, personne, rien, pourquoi ces réceptions comme forcées, pourquoi, pourquoi dans ses yeux, très loin dedans, au fond de la vue, cette particule de mort, pourquoi? Marie-Claude Carpenter. Pourquoi toutes ses robes avaient en commun un je ne sais quoi qui échappait, qui faisait qu'elles n'étaient pas tout à fait les siennes, qu'elles auraient recou-vert pareillement un autre corps. Des robes neutres, strictes, très claires, blanches comme l'été au c?ur de l'hiver.

  Betty Fernandez. Le souvenir des hommes ne se pro-duit jamais dans cet éclairement illuminant qui accompagne celui des femmes. Betty Fernandez. Etrangère elle aussi. Aussit?t le nom prononcé, la voici, elle marche dans une rue de Paris, elle est myope, elle voit très peu, elle plisse les yeux pour reconna?tre tout à fait, elle vous salue d'une main légère. Bonjour vous allez bien? Morte depuis longtemps maintenant. Depuis trente ans peut-être. Je me souviens de la grace, c'est trop tard maintenant pour que je l'oublie, rien n'en atteint encore la perfection, rien n'en atteindra jamais la perfection, ni les circonstances, ni l'époque, ni le froid, ni la faim, ni la défaite allemande, ni la mise en pleine lumière du Crime. Elle passe toujours la rue par-dessus l'His-toire de ces choses-là, si terribles soient-elles. Ici aussi les yeux sont clairs. La robe rose est ancienne, et poussiéreuse la capeline noire dans le soleil de la rue. Elle est mince, haute, dessinée à l'encre de Chine, une gravure. Les gens s'arrêtent et regardent émerveillés l'élégance de cette étrangère qui passe sans voir. Souveraine. On ne sait jamais d'emblée d'où elle vient. Et puis on se dit qu'elle ne peut venir que d'ailleurs, que de là. Elle est belle, belle de cette incidence. Elle est vêtue des vieilles nippes de l'Europe, du reste des brocarts, des vieux tailleurs démodés, des vieux rideaux, des vieux fonds, des vieux morceaux, des vieilles loques de haute couture, des vieux renards mités, des vieilles loutres, sa beauté est ainsi, déchirée, frileuse, sanglotante, et d'exil, rien ne lui va, tout est trop grand pour elle, et c'est beau, elle flotte, trop mince, elle ne tient dans rien, et ce-pendant c'est beau. Elle est ainsi faite, dans la tête et dans le corps, que chaque chose qui la touche participe aussit?t, indéfectiblement, de cette beauté.

  Elle recevait, Betty Fernandez, elle avait un ?jour?. On y est allé quelquefois. Il y avait là, une fois, Drieu la Rochelle. Souffrait d'orgueil visiblement, parlait peu pour ne pas condescendre, d'une voix doublée, dans une langue comme traduite, malaisée. Peut-être y avait-il là Brasillach. aussi mais je ne me souviens pas, je le regrette beaucoup. Il n'y avait jamais Sartre. Il y avait des poètes de Montpar-nasse mais je ne sais plus aucun nom, plus rien. Il n'y avait pas d'Allemands. On ne parlait pas de politique. On par-lait de la littérature. Ramon Fernandez parlait de Balzac. On l'aurait écouté jusqu'à la fin des nuits. Il parlait avec un savoir presque tout à fait oublié dont il devait ne rester que presque rien de tout à fait vérifiable. Il donnait peu d'informations, plut?t des avis. Il parlait de Balzac comme il l'e?t fait de lui-même, comme s'il e?t essayé une fois d'être lui aussi cela, Balzac. Ramon Fernandez avait une civilité sublime jusque dans le savoir, une fa?on à la fois essentielle et transparente de se servir de la connaissance sans jamais en faire ressentir l'obligation, le poids. C'était quelqu'un de sincère. C'était toujours une fête de le rencontrer dans la rue, au café, il était heureux de vous voir, et c'était vrai, il vous saluait dans le plaisir. Bonjour vous allez bien? Cela, à l'anglaise, sans virgule, dans un rire et durant le temps de ce rire la plaisanterie devenait la guerre elle-même ainsi que toute souffrance obligée qui découlait d'elle, la Résistance comme la Collaboration, la faim comme le froid, le martyr comme l'infamie. Elle, ne parlait que des gens, Betty Fer-nandez, de ceux aper?us dans la rue ou de ceux qu'elle con-naissait, de comment ils allaient, des choses qui restaient à vendre dans les vitrines, des distributions de suppléments de lait, de poisson, des solutions apaisantes aux manques, au froid, à la faim constante, elle était toujours dans le détail pratique de l'existence, elle se tenait là, toujours d'une amitié attentive, très fidèle et très tendre. Collaborateurs, les Fer-nandez. Et moi, deux ans après la guerre, membre du P.C.F. L'équivalence est absolue, définitive. C'est la même chose, la même pitié, le même appel au secours, la même débilité du jugement, la même superstition disons, qui consiste à croire à la solution politique du problème personnel. Elle aussi, Betty Fernandez, elle regardait les rues vides de l'oc-cupation allemande, elle regardait Paris, les squares des cattleyas en fleurs comme cette autre femme, Marie-Claude Carpenter. Avait de même ses jours de réception.

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